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"Mais, comme il allait s’en retourner, voilà qu’à ce moment elle s’était arrêtée, et elle se trouva à lui faire face."
Émotion d’Oriane (Feutre noir pointe fine): exactement ma rencontre avec le lieutenant Proust. Dans ce premier regard s’est décidé toute ma vie. Il m’a regardé, j’ai soutenu son regard et j’ai su que c’était avec lui que je voulais vivre de même que, m’a-t-il dit par la suite, c’est dans ce regard soutenu, dans cette affirmation d’égalité et de force, qu’il a compris qu’il trouverait une femme à la hauteur de son ambition. Et même si la vie a, par la suite, introduit entre nous de nombreux points de rupture, ce moment demeure comme une des bifurcations essentielles des trajectoires de nos vies.
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"Pourquoi dis-tu, mon jeune ami, que le bonheur n’existe pas ? Que l’amour n’est qu’illusion ? Même si c’est vrai, pourquoi le dire ? Et pourquoi le dire puisque c’est vrai ?"
Observation d’Oriane (Bic rouge): dire la vérité est en effet inutile en toutes circonstances, les politiques le savent bien, ce qui compte c’est de dire ce que mon interlocuteur veut entendre comme vrai et peu importe que j’y crois ou non. La parole n’a pas pour fonction de dire ce qui est mais seulement ce qui est admis comme étant. J’ai toujours calqué ma vie sur ce principe et je considère que cela m’a bien servi. Quand à ce que moi-même, je considère comme vérité ou non, peu importe, ce qui importe n’est pas ce qui est mais ce qui est construit. Ainsi dans l’amour ce qui importe c’est de croire à sa possibilité même si, à cause de cela, on passe sa vie à le chercher.
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"Quelque chose lui dit que son ami de toujours avait opté irrémédiablement pour un tout autre chemin."
Songerie d’Oriane (Bic vert): j’avais un ami dans mon enfance qui s’appelait Wilfrid d'Eurymédon et que j’ai perdu de vue quelques temps dans ma prime adolescence tout en ne cessant de penser à lui et de le considérer comme mon meilleur ami d’enfance. Un jour, il avait alors quinze ans, il est revenu dans la petite ville où je vivais et, la première chose qu’il a faite, a été de me voir. J’en étais très heureuse. Nous nous sommes donnés rendez-vous à l’endroit de la plage que nous préférions mais, dès que je l’ai vu, à sa tenue, sa coupe de cheveux, sa façon de parler et de s’enfermer dans des rêveries, j’ai compris que nos deux voies s’étaient disjointes et qu’il avait opté irrémédiablement pour un tout autre chemin que le mien. Je ne sais ce qu’il est devenu mais je porte toujours en moi cette évidence comme une fêlure.
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"Le temps était sombre; le soleil, qui se levait sur la Provence, ne répandait qu’une faible lumière; ses rayons combattaient contre les vapeurs qui s’élevaient de la mer, et qui promenaient leurs lourdes masses sur le sommet des bois, qu’ornaient alors les teintes variées dont l’automne enrichit le feuillage. La tempête était passée; mais la mer, toujours agitée, mugissait encore. Le comte, à qui ce jour grisâtre et vaporeux ne déplaisait pas, entra dans les bois et s’y promena, enseveli dans une profonde méditation."
Prolongement d’Oriane (Feutre bleu): rien à changer… ou si peu: Germaine Argencourt s’éveille dans la chambre de la villa de Saint-Loup (ici nommé le comte) dans un petit village du Var. Ils ont passé la nuit ensemble mais Saint-Loup commence à se lasser d’elle. A sa façon de faire l’amour (un certain manque d’ardeur, une absence de paroles tendres…) elle l’a senti et le paysage est en accord avec son trouble. (Peut-être réécrire la phrase « qu’ornaient alors les teintes variées dont l’automne enrichit le feuillage » qui fait un peu «romantique», plutôt «aux couleurs variées d'automne»… ou supprimer).
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"Sartre a toute une page sur la roucoulade entre une femme qui se rend à un premier rendez-vous et l’homme qui la courtise. Elle sait parfaitement que le but est la fornication, mais, écrit Sartre, «le désir cru et nu l’humilierait et lui ferait horreur». Il faut lui témoigner admiration et respect, s’adresser à sa personne entière et à sa liberté, mais en même temps lui faire éprouver l’émoi que son corps sexué inspire."
Critique d’Oriane (Feutre jaune): il m’arrive de lire de mauvais livres, la preuve celui-ci beaucoup trop nombriliste à mon goût et de plus plein d’approximations et d’idées reçues. Si la femme (certaines femmes) ont besoin d’être « courtisées », c’est parce qu’elles ont intégré un sentiment d’infériorité et, qu’un temps, elles veulent se sentir dominantes ; cet aspect là est d’ailleurs exacerbé chez les prostituées. C’est ainsi que rien de tel ne se retrouve dans les rapports homosexuels ou les rapports sont bien plus directs. De même, personnellement, avec certains hommes que je considère comme mes inférieurs, je n’ai pas besoin qu’ils me courtisent — au contraire j’en aurais horreur — pour accepter de coucher avec eux et, dans certaines circonstances, j’ai su être très directe et directe.
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