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07/02/2010 18:18
Leroy-Beaulieu Anatole, Pourquoi nous ne sommes pas socialis  0 commentaire

"S'il est une notion aujourd'hui admise par tous les hommes de science, c'est que les sociétés humaines ne sont point, comme on l'imaginait encore au dernier siècle, un mécanisme inerte, une machine que l'on peut démonter et remonter à volonté, rouage par rouage, en supprimant une pièce, en ajoutant une autre. Une société est un organisme, un corps vivant qui croît et se développe à la façon des êtres vivants; et un organisme ne se laisse pas impunément tailler et découper à plaisir; un organisme ne se laisse pas refaire à volonté sur un plan préconçu. C'est là une notion aujourd'hui banale; mais, si banale qu'elle soit devenue, je vous conjure de remarquer combien elle cadre mal avec les prétentions des socialistes."

Acquiescement d’Oriane (Feutre vert émeraude): comment ne pas adhérer totalement à cette analyse ?

Contexte: Pourquoi nous ne sommes pas socialistes





05/02/2010 16:59
Kaddour Hédi, interview à Libération  0 commentaire

"Je recherche dans le monde l’occasion de mettre des mots ensemble de façon un peu singulière. Sans que cela fasse précieux et élaboré."

Rêverie d’Oriane (Bic mauve): le monde et le monde des mots sont si étroitement imbriqués que chercher à «mettre des mots ensemble» ne peut-être que chercher des situations originales du monde, trouver dans le monde de l’insolite. Comment ne pas penser alors à cette scène où le Général, reçu solennellement dans une grande capitale, avait dans sa botte un gravillon qui, non seulement, altérait sa démarche militaire mais, de plus, par sa simple présence, relativisait soudain l’importance de ce qu’il devait discuter et accomplir: «il s’efforçait à oublier cette petite pierre qui rabaissait à sa hauteur les grandes stratégies politiques ; tant il lui tardait de pouvoir l’extraire de sa botte, la guerre ou la paix lui sembla alors ne dépendre que de ce gravier. Il pensa un instant qu’il était capable d’accepter n’importe quelle proposition pour pouvoir seulement retirer sa botte.»





04/02/2010 10:48
Sun Tzu, L’art de la guerre (Trad. du père Amiot)  0 commentaire

"…ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires ; car, s'il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même, c'en est ici un où plus on s'élève au-dessus du bon, plus on s'approche du pernicieux et du mauvais.
Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille: ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'incomparable et de l'excellent.
Les grands généraux en viennent à bout en découvrant tous les artifices de l'ennemi, en faisant avorter tous ses projets, en semant la discorde parmi ses partisans, en les tenant toujours en haleine, en empêchant les secours étrangers qu'il pourrait recevoir, et en lui ôtant toutes les facilités qu'il pourrait avoir de se déterminer à quelque chose d'avantageux pour lui."

Commentaire d’Oriane (Stylo feutre rouge): «l’art de la guerre, c’est la politique» disait Proust dont j’ignore s’il avait lu Sun Tzu ou non. Et c’est ainsi qu’il a toujours agi : montrer ses muscles n’est vraiment bon que si cette démonstration ne conduit pas à leur usage et, pour cela, il faut que l’adversaire soit psychologiquement préparé: communication et contournement. En ce sens, j’ai toujours estimé que mon mari était une stratège génial et j’ai eu beaucoup de plaisir à collaborer avec lui mais… tout passe.

Contexte: Sun Tzu





02/02/2010 11:00
Eberhart Isabelle, Infernalia  0 commentaire

"Des tables infâmes, du plancher souillé montait une odeur fade — une odeur d’entrailles humaines, de sang caillé, de drogues répandues… En ce parfum de misère, en cette salle douloureuse, sur deux tables, deux cadavres dormaient couverts de linceuls blancs, sinistres vêtement d’épouvante."

Perplexité d’Oriane (Stylo encre verte): j’ai souvent été confrontée à la mort dans le sillage du Général, que ce soit sur ses champs de bataille, dans les hôpitaux et les morgues militaires et même face aux divers charniers que nous avons été amenés à découvrir et je me suis souvent demandée comment «décrire» l’odeur si particulière, si oppressante, lourde, épaisse et sucrée, mélange de toutes sortes de sanies, que l’on ne pouvait que mâcher à pleine bouche malgré des mouchoirs sur le nez pour un lecteur qui n’y avait jamais été confronté. Comment traduire par des mots des équivalences sensuelles si particulières ?


01/02/2010 9:47
Charles-Roux Edmonde, Un désir d’Orient  0 commentaire

"Sans se l’avouer, Isabelle commençait à être mécontente des siens. Elle commençait à leur préférer la race des hommes nouveaux, celle des garçons à cheveux longs et des filles aux cheveux courts sur le passage desquels s’élevait le murmure réprobateur des boutiquiers […] Les jours d’humeur maussade, Isabelle regardait sans aménité sa famille qui prenait le thé au jardin. Qu’en avait-elle à faire de cette famille ? Rien. Franchement rien. Mais ce n’étaient là que manifestations courantes chez des jeunes filles tenues trop longtemps à l’écart du monde."

Souvenir d’Oriane (crayon de couleur incarnat): mon état d’esprit juste avant que je rencontre Proust . La différence, il est vrai, est que ce ne sont pas ses cheveux longs qui m’ont attiré — déjà militaire il était plutôt rasé — mais son état d’esprit qui me le faisait apparaître comme « un homme nouveau » ou, du moins, comme un homme qui ne ressemblait en rien aux caractères placides, peu aventureux, pour tout dire assez mou, de mon entourage. Il représentait alors pour moi une possibilité d’évasion et cette possibilité n’est certainement pas pour rien dans la fabrique de notre amour.



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